Grand Paris : Le futur visage de l’Ile-de-France
Article mis en ligne le 21 novembre 2009
dernière modification le 4 octobre 2014

par Webmestre
Imprimer logo imprimer

Le secrétaire d’Etat Christian Blanc présente mardi son projet de loi à l’Assemblée nationale. Elus de gauche et architectes en contestent le fond et la forme.

C’est un « chantier présidentiel » prioritaire aux yeux de Nicolas Sarkozy. Malgré l’embouteillage législatif, il sera examiné en urgence à l’Assemblée nationale à partir de mardi. Puis au Sénat en février. Un délai inhabituellement court. Pourtant, la polémique fait rage autour de ce projet. Le débat promet d’être houleux dans l’Hémicycle. Christian Blanc (NC), le secrétaire d’Etat chargé du Développement de la région capitale, défendra avec passion son idée de métro automatique – « le plus performant du monde » – en rocade autour de Paris. Le projet de loi qu’il a concocté prévoit en effet la création d’une société du Grand Paris – établissement public où l’Etat sera majoritaire –, chargée de construire un réseau de transport de 130 km en forme de double boucle, ainsi qu’une quarantaine de gares autour desquelles de nouveaux quartiers seront aménagés. Un chantier pharaonique.

Homme discret et secret, Christian Blanc a reçu longuement le JDD cette semaine pour expliquer son texte controversé. Il est persuadé que les critiques, si virulentes soient-elles, se dégonfleront. C’est oublier l’inquiétude ou la colère des élus locaux. Les socialistes affichent une « totale opposition » au projet de loi sur le Grand Paris. Lundi dernier, le chef de l’Etat a reçu à déjeuner le maire de Paris, Bertrand Delanoë (PS), et le président de la région, Jean-Paul Huchon (PS), sans parvenir à les convaincre. Les deux ténors socialistes accusent l’Etat de vouloir faire main basse sur la première région de France. Ils dénoncent une atteinte au principe de décentralisation. « Le projet de loi prévoit des procédures brutales et dérogatoires dessaisissant élus et habitants de l’aménagement de leur territoire », s’insurgent-ils.

Un plan critiqué aussi à droite
« Avec son machin – la société du Grand Paris –, Christian Blanc veut mettre la métropole sous tutelle de l’Etat. Il y a aussi des arrière-pensées de déstabilisation à la veille des élections régionales », ajoute Anne Hidalgo (PS), première adjointe au maire de Paris. En outre, selon le PS, cette « usine à gaz » ignore la nécessaire modernisation du réseau de transports existant – saturé ou à bout de souffle – et « n’apporte aucune solution aux problèmes cruciaux d’inégalités territoriales et de logement » en Ile-de-France.

Des inquiétudes relayées par certains des architectes qui ont planché sur le Grand Paris à la demande du Président. Jean Nouvel considère que « le Grand Paris est menacé de s’enliser dans la confusion ». Christian de Portzamparc déplore que « le Grand Paris se résume pour l’instant à un métro automatique ». Même le Medef Ile-de-France juge ce métro trop « éloigné du cœur d’agglomération ». Plus inquiétant pour Christian Blanc, Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, y est aussi allé de son avertissement, rappelant que « les maires doivent être responsables de leur territoire ». La naissance du Grand Paris risque de se faire dans la douleur.

De son côté, Christian Blanc insistera sur la « dimension nationale » du projet, estimé à 35 milliards d’euros, craignant que les députés de province ne se sentent « pas concernés » et ne se mobilisent pas suffisamment. Son ambition est de maintenir la capitale française au rang des « villes monde » face à New York, Londres, Tokyo, et bientôt Shanghai ou Bombay. Le supermétro reliera six ou sept pôles stratégiques, ou clusters, consacrés à l’économie de la connaissance et de l’innovation, qu’il compte développer (Saclay, la Défense, Pleyel, Le Bourget, Roissy-CDG, Paris-Sud).

Un million d’emplois d’ici à quinze ans
La région Ile-de-France verrait ainsi sa croissance doubler en une décennie, espère-t-il, entraînant tout le pays derrière elle et générant au passage un million d’emplois d’ici à quinze ans. L’ancien patron d’Air France et de la RATP présente ce futur métro comme « un bond en avant considérable qui va changer la vie des gens ». Il entrerait en service « dans treize ans seulement, après trois ans de procédure et dix ans de travaux » (dix tunneliers travailleront en même temps). Tantôt souterrain, tantôt aérien, il roulera vite, à « 80 km/h en vitesse de pointe, 60 km/h de vitesse moyenne, trois fois plus rapide que le métro actuel ». Et il « transportera 3 millions de passagers par jour, c’est-à-dire autant que le métro et un peu plus que le RER d’aujourd’hui ».

Ce nouveau réseau sera « connecté à l’international », avec les aéroports Roissy-CDG, Orly et Le Bourget ; et relié au réseau national et européen, avec les gares TGV existantes et celles en projet : Pleyel (93), Orly (94) ou la Défense (92). Le « métro du futur » permettra une « fantastique fluidité du réseau existant », sur lequel il doit aussi être articulé. « Il permettra de résoudre la grave question des déplacements de banlieue à banlieue, et donc de désaturer le cœur de Paris. Roissy ne sera plus qu’à 25 minutes de Notre-Dame ou de la Défense, Orly à 20 minutes »… à raison d’un train toutes les 90 secondes, sans retard, grâce à un système de portes palières qui rendront impossibles les suicides. La ligne 14 – créée par Blanc il y a quinze ans quand il présidait la RATP – sera prolongée pour traverser Paris du nord au sud.

Autre « point essentiel » du projet de loi : la quarantaine de gares. « Elles accueilleront toutes sortes de commodités, et surtout d’importants parkings », ce qui concrétiserait le vieux rêve des parkings aux portes de Paris. Autour de ces gares, dont on connaîtra l’emplacement fin 2010, des territoires seront délimités. Les villes concernées auront dix-huit mois
– à compter de l’approbation du schéma d’ensemble – pour passer un « contrat de développement territorial » avec la future société du Grand Paris.

« Ne pas avoir d’argent ici n’est pas un problème »
Sur ces zones, représentant au total deux ou trois fois la surface de Paris, des bureaux, des logements (« avec un objectif de mixité »), des équipements publics seront implantés. L’idée est de « valoriser le foncier » pour financer l’infrastructure. Une disposition suscite l’ire des élus : la possibilité d’implanter des « zones d’aménagement différées » (ZAD), permettant à l’Etat de disposer d’un droit de préemption à titre principal. Certains maires se voient déjà dépossédés de leurs compétences.
Christian Blanc veut aussi rassurer les architectes : « Une partie du préambule du projet de loi est directement inspirée de leurs réflexions. Des articles et des alinéas indiquent qu’il faut sortir du zoning (qui distingue, dans les plans d’urbanisme, les zones commerciales, de bureau, de logement), comme ils le réclament tous. » En revanche, le secrétaire d’Etat ne prévoit aucune loi sur l’urbanisme. Il estime que « les choses se feront naturellement », grâce à sa double boucle.

La philosophie du projet réside dans la conception de son financement. « Dans une époque de mondialisation, explique Christian Blanc, ne pas avoir d’argent ici n’est pas un problème. Car dans le monde, les capitaux ne manquent pas. Il faut donc pouvoir attirer les investissements. C’est pour cela qu’il faut développer à la fois l’art de vivre et l’attractivité économique. C’est ce que nous faisons avec les six ou sept territoires de projets. »

Quant à la suite ? Un « acte II du Grand Paris » pourrait voir le jour, peut-être sous la forme d’une deuxième loi, pour faire émerger d’autres pôles stratégiques. Par exemple : une « vallée de l’automobile du futur dans les Yvelines, entre Flins et Satory, puisque le circuit de F1, s’il n’est pas officiellement abandonné, ne se fera pas ». Puis, un « acte III », « dans cinq ou dix ans », pourrait concrétiser l’axe Paris-Rouen-Le Havre. Il faudra s’armer de patience. « Dans trente ans, le temps d’une génération, le Grand Paris tel qu’on peut l’imaginer aujourd’hui sera abouti. » Il faut au moins cela pour un chantier pharaonique.

Bertrand Gréco - Le Journal du Dimanche

Samedi 21 Novembre 2009


flèche Sur le web : http://www.lejdd.fr/Politique/Actua...
Forum
Répondre à cet article


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.84.20
Pour produire une couche de 18 centimètres de terre arable, la nature a besoin de 1400 à 7000 ans, à raison de 0,5 à 2 centimètres par siècle.