Appel à mobilisations pour sauver le transport public de fret ferroviaire français
Article mis en ligne le 13 février 2010
dernière modification le 4 octobre 2014

par Webmestre
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Depuis plusieurs semaines, nous assistons à une véritable frénésie de communication de la part du
gouvernement et de la direction de la SNCF pour tenter de faire croire à la population qu’une nouvelle politique des
transports va, enfin, être mise en oeuvre et que, conformément aux urgences écologiques de l’heure, les modes de
transport les moins agressifs pour l’environnement, dont le rail, vont être développés pour réduire le transport routier.

La réalité est malheureusement bien différente.

L’analyse des annonces du gouvernement et de la direction SNCF fait apparaître que, pour l’essentiel, la
politique ne changera pas. Il s’agit toujours d’offrir aux intérêts privés des transports de marchandises pas chers, car
financés avant tout par la collectivité qui, de fait, prend déjà totalement en charge les coûts sociaux et
environnementaux considérables du mode de transport dominant, en même temps le plus nuisant, à savoir le
transport routier.

Le chemin de fer est toujours considéré comme un mode d’appoint permettant aux
transporteurs routiers, par exemple grâce à des tronçons d’autoroute ferroviaire, de franchir des « zones
difficiles », et contribuant ainsi à une politique pro-routière renouvelée.
Par ailleurs, on peut observer que les projets mis en avant par le gouvernement ne seront pas opérationnels,
s’ils voient vraiment le jour, avant l’horizon 2020. Par contre, il est prévu dès les prochains mois de mettre en oeuvre
un nouveau plan de casse de l’activité de transport ferroviaire de marchandises de l’établissement public SNCF.

Ce projet néfaste se traduirait par :

  • l’abandon de la plus grande partie du trafic de wagons isolés (ou « lotissement ») encore
    existant, qui sera basculé sur route – et le fait que certains poids lourds appartiendront à des filiales
    de droit privé de la SNCF n’arrangera rien ;
  • la suppression de plus de 5000 emplois de cheminots (estimation par les organisations syndicales
    de la SNCF) sur les 13500 qui travaillent dans le secteur « fret ferroviaire » ;
  • la détérioration des conditions de travail des cheminots restants, avec des risques évidents pour
    la sécurité ;
  • le transfert dans des filiales de droit privé de la quasi totalité des activités restantes de transports de
    marchandises par chemin de fer de l’établissement public.

Il se situe dans un contexte de renforcement de la présence d’entreprises privées dans le secteur ;
renforcement qui s’appuie sur un soutien de plus en plus manifeste des pouvoirs publics et le développement du
dumping social. Les travailleurs de ces entreprises supportent des conditions sociales au rabais ; conditions qu’ils ont
d’ailleurs dénoncées lors de récentes grèves. Cet état de fait a un impact négatif sur les conditions de sécurité du
transport ferroviaire car la précarité sociale rend très difficile le refus de travailler en dehors des règles de sécurité.

La mise en œuvre de ce projet aurait des effets très rapides et totalement opposés à l’intérêt général.
Pour les travailleurs du rail, elle correspondrait à un renforcement considérable de la maltraitance
sociale qui se déploie aujourd’hui dans un nombre croissant d’entreprises, qu’elles soient publiques ou privées. La
mobilité serait imposée à des milliers de travailleurs après la suppression de leurs emplois, les collectifs de travail
seraient violemment détruits et les restructurations en cascades, dans un contexte de sous-effectif chronique,
achèveraient de priver les cheminots de tous leurs repères professionnels. Les conséquences prévisibles pour leur
santé, tant physique que psychologique, de cette véritable « mise à mort du travail » sont sous nos yeux,
dramatiquement illustrées par les nombreux suicides de salariés survenus depuis 18 mois à France-Télécom et
ailleurs, y compris, déjà, à la SNCF.

A la casse sociale s’ajouterait un impact très négatif sur l’environnement local et global (effet de serre)
et sur la sécurité, du fait du transfert sur la route de millions de camions supplémentaires, dont une part significative
transportant des marchandises dangereuses.

Par ailleurs, les suppressions d’emplois et les fermetures de gares de triages, de lignes ferroviaires et de
points de dessertes fret (17% d’entre eux ont déjà été fermés depuis 2003), découlant de l’abandon du wagon isolé,
entraîneraient une perte des compétences et une destruction irréversible de l’outil public ferroviaire.

Alors que
la réduction de la production de produits pétroliers a déjà commencé et que le remplacement d’une partie du
transport routier doit être planifié sans tarder, c’est toute relance future du transport de marchandises par chemin de
fer dans notre pays qui serait ainsi rendue pratiquement impossible. Une fois les voies ferrées déposées et les
terrains vendus, puis construits, on ne pourra plus jamais rétablir de dessertes ferroviaires.

De nombreux territoires
ne pourraient plus être desservis du tout dès lors que le carburant routier sera devenu trop rare et donc trop cher,
phénomène inéluctable à l’horizon de quelques décennies, auquel s’ajoute l’incompatibilité du tout-routier avec les
mesures indispensables pour faire face à l’urgence climatique.

La solution aux nuisances des transports ne saurait consister uniquement à reporter le trafic routier vers le
rail : d’une part, la route conservera toujours une pertinence inaccessible au rail pour la desserte fine des territoires ;
d’autre part, les investissements ferroviaires nécessaires pour prendre en charge la totalité du trafic routier actuel (qui
représente environ huit fois le trafic ferroviaire !) sont totalement hors de portée, sur les plans financier aussi bien
qu’environnemental.

Alors que la plupart des déplacements de marchandises ont aujourd’hui beaucoup plus à voir
avec les intérêts des propriétaires du capital (dumping social, délocalisations, flux tendus, libre-échange généralisé
obligatoire,…) qu’avec l’intérêt général des populations, c’est dans le cadre d’une diminution générale du transport
de fret, selon une démarche volontariste de relocalisation progressive de l’économie et de reconquête des
territoires par leurs habitants, que le chemin de fer devra retrouver la part de trafic plus élevée qui correspond à
ses atouts environnementaux.

A cet égard, le fret ferroviaire par TGV que veulent promouvoir le gouvernement et la
direction de la SNCF, même s’il serait toujours moins nuisant que le transport par avion ou par camion, ne relève pas
d’une priorité environnementale évidente.

Nos organisations syndicales, associatives, politiques appellent à la constitution et à l’inscription
dans la durée d’un vaste mouvement inséparablement social et écologique pour exiger l’abandon des projets
du gouvernement et de la direction de la SNCF, ainsi que la création d’un grand service public de transport
ferroviaire et routier de marchandises. En effet, lui seul permettra d’organiser démocratiquement une politique
vraiment efficace de préservation de l’environnement et de lutte contre le changement climatique, tout en tenant
compte des conditions sociales des salariés du transport. Cette politique sera fondée sur la complémentarité entre les
modes de transport et devra garantir l’utilisation de chacun d’eux selon son efficacité sociale et environnementale.

L’enjeu est de taille, puisqu’il consiste à sauvegarder d’abord, à développer ensuite, un bien public
indispensable à une politique des transports radicalement nouvelle qui réponde aux besoins des
populations, garantisse des conditions sociales correctes aux salariés du secteur des transports et participe
au maintien ou à l’instauration d’une qualité de vie satisfaisante, aussi bien localement que globalement. Il exige
que nous unissions nos forces pour peser sur les projets en cours et sensibiliser sans relâche l’opinion publique,
soumise de la part du gouvernement et de la direction de la SNCF à un matraquage médiatique totalement
déconnecté des politiques qu’ils mettent réellement en oeuvre.

Premières organisations signataires :

  • Syndicats : Fédération SUD-Rail, Union syndicale Solidaires.
  • Associations : AITEC-IPAM (Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs, réseau
    Initiatives Pour un Autre Monde), Amis de la Terre – France, AdOC (Association d’Objecteurs de Croissance),
    ATTAC – France (Association pour une Taxation des Transactions financières pour l’Aide aux Citoyens), FUTSP
    (Fédération des Usagers des Transports et des Services Publics).
    Organisations politiques : Alternative Libertaire, Les Alternatifs, Les Verts, Nouveau Parti
    Anticapitaliste, Parti de Gauche.



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Pour produire une couche de 18 centimètres de terre arable, la nature a besoin de 1400 à 7000 ans, à raison de 0,5 à 2 centimètres par siècle.