Industrie automobile : comment on gonfle les chiffres… et les subventions
Article mis en ligne le 4 septembre 2009
dernière modification le 3 septembre 2009
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Article ancien mais toujours d’actualité...

Nicolas Sarkozy, François Fillon, la presse… reprennent en boucle des chiffres très exagérés. Et le résultat est là : les milliards pleuvent sur l’industrie automobile.

C’est le chiffre que Nicolas Sarkozy et François Fillon répètent en boucle : la « filière automobile » occupe « 2,5 millions de collaborateurs ». Soit 1 Français au travail sur 10. Comptez autour de vous. Sauf si vous habitez aux Mureaux (Yvelines) ou à Montbéliard (Doubs), il y a de fortes chances que vous ne parveniez pas à trouver un voisin qui turbine à la chaîne. Pour une bonne raison : le chiffre est archi-faux. L’automobile, c’est évidemment important, mais les 2,5 millions de salariés sont une fiction inventée par le puissant lobby de l’automobile et reprise dans un rapport d’information du Sénat.

Nous sommes tous des ouvriers de l’automobile
Il suffit de lire ledit rapport pour s’apercevoir de la supercherie. Aux 298.000 personnes qui oeuvrent effectivement soit dans les groupes automobiles, soit chez les sous-traitants, il ajoute tout ce qui s’approche, de près ou de loin, d’une voiture. Soit : les vendeurs, les assureurs et experts, les transporteurs routiers de marchandises, les fabricants de matières premières, mais aussi les policiers qui posent des PV sur les pare-brises, les moniteurs d’auto-école, les vendeurs de carburants, les médecins et les infirmières qui soignent les blessés de la route, et même les ouvriers qui posent le bitume ! Soit 1,8 million de personnes qui ne sont évidemment en rien concernées par les déboires de Renault et PSA. Comme l’explique Xavier Timbeau, de l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures économiques), « si on ne construisait plus aucune automobile en France, ce que personne ne souhaite, ces emplois existeraient tout de même ». Bref, le chiffre est bidon. Comme l’était « le million de voitures » que les constructeurs français auraient stockées en 2008 sur leurs parcs, ainsi que l’affirmait François Fillon le 24 novembre dernier à l’Assemblée nationale (Lire Marianne du 17 janvier). La presse, même économique, n’a pas toujours vérifié et a souvent colporté à son tour, intoxicant les lecteurs. C’est dommage.

En somme, plus c’est gros, mieux ça passe. Qui pourrait s’opposer à un plan de sauvetage d’une branche industrielle « stratégique », employant « 10% de la population active », qui plus est chargée d’histoire sociale et technologique ? Personne, bien sûr. C’est ainsi que le Premier ministre peut annoncer mardi 20 janvier, sans risque d’être contesté, un plan d’aide de « 5 à 6 milliards ». On est content pour les ouvriers de l’automobile, qui méritent d’être soutenus. Mais que reste-t-il pour les autres ?

Par Hervé Nathan.

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