Le Grand Paris est-il vraiment durable ?
Article mis en ligne le 9 décembre 2009
dernière modification le 7 décembre 2009
logo imprimer

Depuis le 29 avril, dix équipes d’architectes dévoilent aux grand public leurs propositions pour le Grand Paris, un projet destiné à faire rentrer la région capitale dans « le XXIème siècle et l’après Kyoto ».

Pour autant, les travaux restent prospectifs, sans calendrier précis, et délaissent un peu le côté social du développement durable.

Lancé en 2007 par Nicolas Sarkozy, l’idée d’un Grand Paris prend forme petit à petit. Pendant six mois, les dix projets des équipes d’architectes-urbanistes sélectionnés, en juin 2008, sont ainsi présentés au grand public à la Cité de l’architecture et du patrimoine.

Le thème donné de cette consultation : la vision à horizon 2030-2040 du Paris du XXIème siècle et de l’après Kyoto. « Le problème est qu’il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de savoir ce que cette expression désigne, ce qui a mis les équipes à la peine », avertit d’emblée le géographe Michel Lussault, co-président du conseil scientifique de cette consultation internationale, en préambule de l’exposition.

« Qu’est ce que cela implique en termes d’organisation mégalopolitaine et de gouvernance ? », s’interroge t-il. « Nul ne le sait encore mais ce qui est sûr c’est qu’il ne peut s’agir simplement de se focaliser sur les émissions des gaz à effets de serre, ni seulement de protéger les espaces naturels. » Dans les différents projets, c’est pourtant le côté environnemental qui a été mis en avant. « La question du paris-photo-281203418107développement durable a été abordée presque exclusivement par l’écologie », estime Guillaume Faburel, chercheur et maître de conférences à l’Institut de l’urbanisme de Paris. Trois axes semblent avoir été privilégiés : le développement du réseau de transports en commun, essentiel en terme de réduction des émissions de gaz à effets de serre, mais aussi la multiplication des espaces naturels au sol ou intégrés au bâti et la prise en compte de la technologie du développement durable dans les tours ou les énergies renouvelables.

Transports doux et piles urbaines

Le projet Lin Finn Geipel, se veut par exemple un « laboratoire de l’après Kyoto », en alternant des pôles densément bâtis reliés entre eux et d’autres peu peuplés. La nature y assume plusieurs rôles : parcs récréatifs, terres agricoles pour la production alimentaire et énergétique, purification de l’air et de l’eau… L’équipe de Jean Nouvel propose, elle, des gratte-ciels écologiques, fournissant parfois des énergies renouvelables, quand celle du groupe Descartes préconise la création de 20 villes durables de 500 000 habitants avec des grands ensembles autour de zones vertes revitalisées. De son côté, le Studio 09 imagine une ville poreuse où « le paysage fait lien » et où l’eau favorise autant le transport que la biodiversité.

Pour le WWF, qui s’est particulièrement penché sur les parties transport et biodiversité des projets, c’est cependant le cabinet de Richard Rogers qui « présente le projet le plus abouti, avec une vision globale », estime Julie Delcroix, responsable de l’urbanisme et de l’habitat de l’ONG. paris-photo-61Intégrant la question environnementale dans ses travaux depuis longtemps, l’architecte met au centre de son projet « la ville des courtes distances » où les activités quotidiennes sont accessibles à pied, où les villes des périphéries sont reliées par un réseau de transports doux et où la densité est forte sans pour autant avoir recours aux tours. Irriguée par une trame verte et bleue (la Seine), Paris devient même une « pile urbaine » avec éoliennes, centres de tri et de recyclage des déchets (très souvent oubliés des projets), récupération des eaux de pluies pour irriguer les espaces verts…et la gouvernance y est présentée comme un élément essentiel du projet.

Quel avenir pour ces travaux ?

« Mais d’autres idées, plus isolées et parfois inspirées des bonnes pratiques des villes européennes sont intéressantes », souligne Julie Delcroix. Concernant la mobilité, on peut notamment citer les autoroutes et nationales reconquises par les transports en commun, les hubs permettant de passer d’un mode de transport interurbain à un autre plus local, les systèmes de gardiennage pour les vélos ou les cartes de transport unique. Sur la question de la biodiversité, le végétal s’immisce souvent dans les bâtiments. Certains, comme l’équipe d’Antoine Grumbach, vont jusqu’à reprendre plus ou moins le concept du coefficient écologique utilisé à Berlin qui instaure un quota d’espace vert pour chaque construction ou reconstruction, selon la nature du bâtiment. L’équipe MVDRV propose elle la reforestation de la zone de avionRoissy par un million d’arbres permettant de capter 13 tonnes de CO2 par an. L’idée, saluée par le chef de l’Etat entérine pourtant l’extension de la l’aéroport Charles de Gaulle et s’insère dans un projet jugé incompréhensible sur sa partie biodiversité par le WWF, au même titre que le projet AUC.

Surtout, le grand absent des projets dans leur globalité paraît être le volet social du développement durable. Même si certains comme Rogers ou Castro en ont fait des éléments essentiels de leurs travaux. « Paradoxalement, il y a moins d’écologie mais plus de durabilité dans le projet de Castro qui insiste sur la mixité sociale », juge Guillaume Faburel. « Le constat d’absence du social et notamment d’une vision sur les inégalités sociales et les discriminations, mais aussi de la consultation démocratique, nous paraît majeur et consternant », estime pour sa part Clément Cohen, consultant en développement durable pour les territoires et membre de l’AITEC (association internationale des techniciens, experts et chercheurs qui réfléchit sur l’urbanisme).

grand-paris1Se pose aussi « la question du financement », soulève Julie Delcroix ainsi que « l’acceptabilité sociale et la faisabilité de ces projets qui ont été pensés sous l’égide de l’utopie, un peu comme dans la futurologie d’il y a 20 ans », renchérit Guillaume Faburel. Pour l’instant en tous cas, ces projets, en tout ou parties, sont encore loin d’être mis en œuvre. Si Nicolas Sarkozy a annoncé des états généraux du Grand Paris au début de l’année prochaine ainsi qu’un « atelier » pour mutualiser les travaux des dix architectes, « aucun calendrier n’a été fixé et le cheminement sera long » prévient-t-on au secrétariat d’Etat de la région capitale…


flèche Sur le web : http://apreslepetrole.free.fr/?p=331

Téléchargements Fichier à télécharger :
  • 08-06-05-sarkozy1.jpg
  • 91.5 ko / JPEG


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.57
Pour produire une couche de 18 centimètres de terre arable, la nature a besoin de 1400 à 7000 ans, à raison de 0,5 à 2 centimètres par siècle.