Veolia et Suez se disputent l’eau de l’Ile-de-France
Article mis en ligne le 10 décembre 2009
dernière modification le 4 octobre 2014

par Webmestre
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Le Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif) ouvrira, jeudi 10 décembre, les plis des candidats au renouvellement du marché de l’eau potable à compter du 1er janvier 2011. Il s’agit du plus important contrat d’Europe, d’une durée de dix ou douze ans, dégageant un chiffre d’affaires annuel de 350 millions d’euros pour la desserte des 4,2 millions d’habitants de 144 communes (hors Paris). Le vainqueur de l’appel d’offres sera désigné fin mars 2010.

Trois sociétés sont candidates : Veolia Environnement, Suez Environnement et Derichebourg Environnement. Ex-Générale des eaux, et numéro un mondial du secteur, Veolia a l’avantage d’être délégataire de ce contrat depuis 1923. Et s’expose au risque de tout perdre. Son contrat avec le Sedif représente 7 % de son chiffre d’affaires en France.

Son concurrent le plus sérieux, Suez Environnement, deuxième opérateur mondial, a mobilisé douze personnes à temps plein et dit avoir dépensé 7,5 millions d’euros pour constituer son volumineux dossier de candidature (1 500 pages). « Nous faisons des propositions très innovantes, en particulier dans le domaine de la tarification sociale, pour les foyers défavorisés, et dans notre mode de rémunération, qui ne doit plus être proportionnel au volume d’eau vendue, détaille Isabelle Kocher, directrice générale de la Lyonnaise des eaux-Suez. Et nous sommes certains qu’il y a beaucoup d’économies possibles. Mais le coût final du prix de l’eau dépend, bien sûr, des investissements que demanderont les élus. »

La surprise est venue de Derichebourg, qui s’est associé à l’allemand Remondis Aqua. Mais cette société plus connue dans le secteur des déchets ne croit guère en ses chances. « Nous avons manqué de temps, le cahier des charges ne nous ayant été remis qu’en juillet dernier, mais notre associé allemand a une vision originale. Il peut apporter des innovations et favoriser des économies d’au moins 20 % de la facture », argumente Pascale Perez, PDG de Derichebourg Environnement, qui dit avoir dépensé 1,5 million d’euros pour préparer sa proposition.

« Secret des affaires »

L’autre surprise est venue de la Saur : qualifiée en juin, elle n’a finalement pas remis d’offre. « Notre préqualification montre que notre candidature est crédible sur un plan technique et financier, se félicite Olivier Brousse, le directeur général. Mais après une analyse plus poussée et un débat avec nos actionnaires, nous avons préféré renoncer, car ce contrat est un peu gros et une telle croissance prématurée. »

Après 2012, des contrats de grandes villes (Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lille...) arrivent à expiration. « Nous serons sûrement présents dans la compétition », promet-il. Troisième acteur privé de France, dans des communes plutôt rurales et littorales, avec 11 % de parts de marché et 3,5 millions d’abonnés, la Saur opère aussi à l’étranger dans de grandes villes comme Gdansk (Pologne), Mendosa (Argentine) ou Las Palmas (Canaries).

Tous les candidats sont, officiellement, traités sur un pied d’égalité, et le Sedif a joué le jeu de la transparence : « Nous avons répondu à plus de 500 questions et organisé une soixantaine de visites d’installations », plaide son président, André Santini, député et maire d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Il reconnaît cependant que Veolia a parfois opposé son « secret des affaires » à la communication d’informations-clés à ses concurrents. « Nous avons, chaque fois, examiné la justification de ce secret », assure M. Santini. « Lors de certaines visites d’usine, qui ne duraient d’ailleurs jamais plus de deux heures, nous constations que les salariés éteignaient prestement tous les écrans des ordinateurs que nous aurions pu apercevoir », nuance un visiteur d’une société concurrente.

La compétition aurait sans doute été plus ouverte si le Sedif avait admis, comme le suggérait Suez Environnement, l’allotissement du marché, par exemple une séparation en trois lots (autant que d’usines de production d’eau dans la région) gérés par un opérateur différent.

Le débat a été tranché le 9 avril par les 144 délégués des communes : 108 voix se sont prononcées pour un contrat unique. « La segmentation du contrat se posera forcément un jour ou l’autre », assure Mme Kocher.

L’appel d’offres met donc face à face les deux poids lourds du secteur. Les consommateurs en sortiront probablement gagnants, avec une baisse du prix de l’eau. Les foyers desservis par le Sedif la paient aujourd’hui beaucoup plus cher que les Parisiens, en moyenne 4,03 euros le mètre cube tout compris (2,89 euros dans la capitale).

Dans une étude publiée en 2008, l’UFC-Que choisir avait évalué à 90 millions d’euros le montant des surfacturations injustifiées de Veolia, qui contestait ce chiffre. Un audit commandé par le Sedif, en 2008, montrait que des économies de 35 à 42 millions par an pouvaient être réalisées en rénovant le mode de gestion. Soit un allégement moyen de la facture, par foyer, de 16 à 20 euros par an.

Isabelle Rey-Lefebvre

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Pour produire une couche de 18 centimètres de terre arable, la nature a besoin de 1400 à 7000 ans, à raison de 0,5 à 2 centimètres par siècle.